Les producteurs, "musical" à la sauce nazie

Le récent spectacle d'Alexis Michalik propose une adaptation de la comédie musicale de Mel Brooks. Au programme : humour noir, nazisme et cabaret. Un projet ambitieux et risqué qui relève le défi haut-la-main (sans mauvais jeu de mot).

Synopsis :  

Max Bialystock est un producteur ruiné en déclin. Les critiques à son égard se font de plus en plus rudes et sa dernière représentation est un véritable fiasco. Sa rencontre avec Léo Bloom, comptable qui rêve de devenir producteur, va le pousser à réaliser le plus gros scandale du siècle : produire le pire spectacle jamais vu grâce auquel il pourra remplir de nouveau ses caisses. Pour cela, il se lance à la poursuite du pire scénario, du pire metteur en scène et des pires acteurs de Broadway. Il tombe ainsi sur l'écrit d'un néo-nazi, fervent admirateur du Führer et révolté contre la défaite du IIIe Reich. 

Critique

Un scénario bien mené

A la première lecture, le synopsis effraie. Faire une comédie autour du nazisme et notamment autour d'un scénario qui l'enjolive et l'admire, c'est risqué. On anticipe la scène de la rencontre entre Régis Vallée, qui joue l'admirateur du Führer, et les nouveaux producteurs avec un sentiment de malaise. Et c'est là que l'on reconnaît à la fois le talent d'écriture de Mel Brooks et la justesse de la mise en scène d'Alexis Michalik : le sujet pourrait heurter mais la frontière avec l'irrespect n'est jamais dépassée.

L'aventure de la production devient plus intéressante que le sujet même de ce "pire" scénario. Les relations entre les personnages nous attendrissent. Les passages musicaux sont parfaitement orchestrés, ont du sens. Nous n'assistons pas simplement à une juxtaposition de scène parlées et de scènes chantées. Le fil conducteur est respecté. On ne se sent jamais perdu. Les références à la pop culture créent une intimité avec le public, lien indéfectible qui le garde attentif du début à la fin.

Au-delà d'un projet malhonnête, le complot des deux producteurs nous guide vers le tissage d'une amitié nouvelle. Toujours avec humour, on ressort de la pièce ému par cette amitié qui, dans d'autres circonstances, n'aurait jamais vu le jour.

Une performance impressionnante

Les performances des acteurs et des danseurs et danseuses sont à saluer. Les chorégraphies sont admirablement exécutées et en mettent plein les yeux. Le nombre d'acteurs et de danseurs est réduit mais chacun réussit à s'adapter à un nouveau rôle, une nouvelle chorégraphie, une nouvelle séquence chantée. Toutes les voix subliment le Théâtre de Paris. Le spectacle promet des costumes et des décors à la hauteur du genre du cabaret. On est sans cesse ébahi. 

Parlons des acteurs. Benoît Caudent (Léo Bloom) a reçu le Molière 2022 de la Révélation masculine et on comprend pourquoi. Il nous émeut, il nous fait rire, on s'y attache. Il forme avec Serge Postigo (Max Bialystock) un duo auquel on croit. Leur aventure les mène à des rencontres. Je tiens à saluer particulièrement le jeu d'Andy Cock (l'assistant du "pire" metteur en scène, joué par David Eguren). Ses cris haut perchés et sa gestuelle jouent avec les clichés mais jamais dans l'irrespect, toujours avec justesse et on rit aux larmes. On peut s'arrêter enfin sur la performance de Roxane Le Texier. La représentation de la self-made women étrangère immigrant aux États-Unis, bien que stéréotypée, nous séduit et s'impose dans ce casting masculin.

Un bilan enthousiaste

Les Producteurs nous redonnent envie d'aller au théâtre. La pièce apparaît comme un grand bol d'air après les deux années étouffantes que nous venons de passer. On rit et on ne s'ennuie jamais. C'est le genre de pièce qui donne envie de faire partie de l'aventure, de venir sur les planches avec eux. Après Edmond, Alexis Michalik confirme une nouvelle fois son talent de metteur en scène et on ne peut qu'attendre avec impatience sa prochaine production.


Image : théâtredeparis.com



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