Don't Worry Darling, la tentative d'alliance entre thriller psychologique et questions féministes

Olivia Wilde, connue pour sa carrière d'actrice revêt la cape de réalisatrice et nous présente sa deuxième réalisation. Ce thriller psychologique a pour ambition de poser de véritables questions sur le patriarcat et l'usage des nouvelles technologies. Toutefois, n'est-ce pas justement "inquiétant" de ressentir un goût amer de déjà-vu ? 

 

/!\ SPOILERS /!\

 

Synopsis

Le couple Chambers vit un quotidien de rêve dans leur petit quartier récemment construit, Victory. Jack (Harry Styles) part tous les matins au travail tandis que la journée d'Alice (Florence Pugh) est rythmée par le ménage, les repas et les commérages avec sa voisine Bunny (Olivia Wilde). Tout bascule lorsqu'Alice commence à avoir des hallucinations et à se poser des questions sur le projet secret sur lequel travaille son mari. Le comportement du directeur de cet énigmatique projet, Frank (Chris Pine), participe aux doutes d'Alice. 

Critique

Les couleurs pastel, les quartiers pavillonnaires américains, les vieilles Cadillac et les tabliers Vichy, tout y est pour refléter l'imaginaire américain des années 1950. Au-delà de participer à une esthétique fantasmée, la réalisatrice fait un clin d’œil, si ce n'est même plus, à l'univers du film The Truman Show réalisé par Peter Weir (1998). Le spectateur comprend facilement la référence qui le guide vers des interrogations sur cette micro-société utopique. Justement, n'est-ce pas déjà trop "facile" ? Le conformisme du couple Chambers, de leurs amis et la tension qui les auréole, notamment lors de la petite fête organisée dans le jardin de Frank, questionne et cela dès les première minutes.

 Film d'angoisse et idéal de perfection

La réaction de l'élément déclencheur, soit Margaret (l'une des épouses s'étant rendue dans le désert, endroit formellement interdit par la charte de la communauté), peut surprendre le spectateur. "Why are we here ? We souldn't be here !", ce sont les paroles qu'elle prononce et qui l'excluent définitivement du groupe des épouses, qui la voyait déjà comme une paria après sa faute. Ces mots ne sont pas sans rappeler ceux de l'un des personnages de Get Out, film réalisé par Jordan Peele (2017), qui interrogent de la même manière lors d'une petite célébration organisée par la famille et qui commence à mettre le doute à Chris quant à sa véritable présence dans sa nouvelle belle-famille. C'est là où se trouve la faille dans Don't Worry Darling. Les références sont très présentes, peut-être trop, et le suspense est maintenu de façon très artificiel. C'est le cas pour les scènes de danse, qui ne rappellent que trop Black Swan, réalisé par Darren Aronofsky (2010). Là encore, ces scènes restent très énigmatiques et posent la question de leur utilité tout au long du film. On voit alors qu'Olivia Wilde souhaite inscrire son film dans un genre très spécifique, le thriller psychologique, mais peine à y arriver naturellement, sans références extrêmement compréhensibles par le spectateur.

Parlons ainsi de ce flirt avec le genre. Les scènes d'angoisse d'Alice sont illustrées très justement. On y voit un défilé de danseuses, toutes effrayantes par leur ressemblance et leur maquillage. La danse est d'ailleurs très bien choisie comme symbole de la perfection et de la cadence effrénée. Cependant, ces scènes prennent beaucoup de place, et montrent l'angoisse surtout grâce à la musique et aux screamers représentés par la dernière danseuse. Par ailleurs, la scène durant laquelle Alice lave ses vitres et se retrouve étouffée entre sa baie vitrée et son mur pourrait être intéressante mais ici encore, elle reste très artificielle et avec trop peu d'explications.

 Il est vrai que pour les non amateurs de thriller psychologique, Don't Worry Darling est un film qui permet de se familiariser avec le genre. Toutefois, Midsommar (Ari Aster, 2019), Get Out ou encore The Truman Show (liste bien loin d'être exhaustive) sont des films déjà très réussis et Don't Worry Darling ne présente que trop peu de nouveautés face à ces monuments.

 Féminisme et technologies modernes

Toutefois, Don't Worry Darling ne reste pas un film sans perspective captivante. Les ellipses, notamment celles où Alice se réveille dans son lit après un événement durant lequel elle ne s'était aucunement endormie, réussissent à illustrer cette vie dont elle n'a pas le contrôle. Le rapport à l'alcool qui présente les failles de cette perfection mais encore la relation à la sexualité du couple Chambers demeure des sujets énigmatiques qui restent encore à résoudre.

Le volet féministe qui auréole ce film est toutefois remarquable (au sens premier du terme) dans ce long métrage. Le couple que forme Florence Pugh et Harry Styles est assez épatant, en dépit des autres critiques que j'ai pu lire. Évidemment, encore avec brio, Florence Pugh revêt avec style ce rôle de femme de maison qui se retrouve manipulée et enfermée dans une communauté qu'elle n'a pas choisie. Harry Styles propose ici une jolie interprétation de ce mari parfait et surtout machiste en tout point, son visage d'ange lui étant d'une grande aide. Effectivement, la révélation de ce complot auquel Jack Chambers participe et qui consiste à le plonger, lui et sa femme, dans une réalité virtuelle dans laquelle elle seule reste enfermée, s'inscrit parfaitement dans les interrogations actuelles. Les nouvelles technologies sont ici présentées comme des machines effrayantes, sans limite, qui prennent le contrôle de l'Homme. Un Homme qui se fait quand même manipuler volontairement, situation qui questionne  l'humain sur sa capacité à faire face et à dessiner des frontières avec les technologies modernes. Le rôle du loser, qu'incarne Harry Styles, qui a perdu son travail et se sent décontenancé face à la réussite de la carrière de sa femme, soutient une parole engagée sur le patriarcat et sur le refus de l'homme (ici avec un petit h) à accepter la supériorité d'une femme. Le personnage de Frank, créateur de cette machinerie, devient d'ailleurs la représentation même de ce machisme, qui lui coûtera plus tard la vie. 

Mais là encore, c'est avec un goût amer que l'on reçoit cette information. Effectivement, le plot twist se dénoue en une dizaine de minutes à la fin du film, une grande partie s'éternisant sur les angoisses, les doutes et les hallucinations d'Alice. Le cliffhanger demeure un peu artificiel, posant la question presque inutile de la réussite d'Alice à se sauver de ce monde. On vit ainsi une expérience filmique en deux temps : un temps extrêmement long, qui tente d'effrayer et de mettre place une tension chez le spectateur, et un temps très rapide qui répond à quasiment toutes les questions de façon expéditive. D'ailleurs, le film est parsemé de quelques incohérences, de questions sans réponse et qui, au lieu d'intriguer le spectateur et de le guider à la construction de théories, le laisse un peu déçu.

 Bilan

On retient ainsi de Don't Worry Darling un bilan en demi teinte. Il ne propose malheureusement pas de visions très différentes de ce que l'on a déjà vu, de ce qui a déjà été fait. Les amateurs de cinéma de genre reste un peu sur leur faim. Toutefois, il promet une tentative de fiction qui peut plaire à un plus large public. Les acteurs présentent dans l'ensemble une interprétation tout à fait convenable et le film permet de mettre un pied dans l'univers du thriller psychologique. Les questions du progrès technologiques et du féminisme auraient pu être creusées un peu plus, le format du long métrage le permettant. La longueur du film reste un peu gaspillée par une action qui se laisse désirer, jouant trop sur la tension artificielle créée. Olivia Wilde reste tout de même une réalisatrice qui a encore le temps et les moyens de faire beaucoup plus. On y croit.

Image : Allociné

 


Commentaires

  1. Merci pour cette belle analyse, on attends la prochaine !

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  2. Pour une première critique/analyse, c'est un excellent début et ça promet une suite de qualité. J'attends les prochaines avec impatience :)

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  3. Ta critique est vraiment super bien articulée j'ai vraiment hâte de voir ce que tu écris d'autre !!

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